Il a le visage rouge, les traits tirés. On le sent déçu mais aussi légèrement agaçé par cette défaite. : "La réussite nous a manqué. Je
pense que le fait marquant du match est la cuillère sur Clerc. Ce n'était pas un grand match de rugby. Ce n'était pas ouvert. Vous avez du vous embêter à voir ces grands coups de
pied..."
Durant la semaine le joueur avait déclaré que le match contre les Blacks avait laissé des stigmates, cela a-t-il
jouié en défaveur des bleus ce soir ? "Forcément, on ne sort pas d'un match à 300 placages sans y laisser des plumes. Mais ça ne se joue pas à ça. Dire que l'on a perdu car l'on était fatigué, se serait une fausse excuse."
Le talonneur ne s'attarde pas. Comme à son habitude, il répond sans prendre le temps de la réflexion, brut de décoffrage : "C'est difficile.
Le match était à notre portée, mais on a accumulé les fautes. J'ai fait une faute aussi. Ils prennent le score les 5 denrières minutes. Face à Robinson, je mets la main, je fais une faute.
C'était ça ou le laisser passer. C'est le destin. On leur a donné 8 points, on peut avoir des regrets."
Pour ceux qui me demandent les photos du 1/4 de finale, il va falloir patienter un peu.
Explication :
"J'avais pris mon appareil argentique pour faire des portraits de supporters... Mais hier au moment de rembobiner la péloche, j'entends un crissement et je sens que ça bloque..
Je m'enferme dans le noir et j'ouvre le boitier. Là, je m'aperçois que la pellicule n'est pas décrochée. Au final, j'ai du la rembobiner à la main et je crois qu'elle est déchirée à un
endroit..."
Comme beaucoup de supporters du XV de France, je n'ai pas eu la chance de trouver un toit pour
la nuit du samedi au dimanche à Cardiff. J'ai donc passé ma nuit en compagnie des supporters dans les rues de la capitale Galloise... Récit.
Minuit heure locale. Le match est fini depuis un bout de temps et les supporters néo-zélandais ont déserté le stade. Seule une grosse
troupe de valeureux Gaulois amassée derrière les grilles attend de voir les héros du soir. Le bus sort, et les français hurlent leur joie.
Direction l'hôtel Hilton. Une haie d'honneur attend les joueurs tout sourire à la sortie du bus. Entre les supporters qui applaudissent et les gorilles qui essaient de maintenir
le calme, quelques caméramen et photographes tentent en vain de prendre 'la bonne image'. Cela ne dure qu'une poignée de minutes. Puis la porte se referme. Les Bleus sont à l'intérieur de
l'hôtel, le public lui, reste dehors. Les chanceux qui ont réservé une chambre au Hilton attendent fébrilement dans le hall que les joueurs descendent pour se faire signer des autographes. Deux
jeunes françaises restent là, sans oser bouger, l'une d'elle un ballon de rugby à la main. Pourtant, Thierry Dusautoir est dans le hall d'entrée, Jérôme Thion aussi et Bernard Laporte fait des
allées et venues. "Je n'ose pas aller leur demander. Je voudrais un autographe de Beauxis" réclame l'une d'elle timidement.
De retour dans les rues de Cardiff. Bien que les pubs commencent à fermer leurs portes, la fête bat son plein. Devant l'un d'eux, des supporters français chantent et dansent
pendant que quelques argentins assis à proximité regardent le spectacle du coin de l'oeil. Les locaux, et notamment les filles en tenue très légères, croisent les supporters sans se mélanger. La
rue principale est toujours coupée à la circulation. Elle ne rouvrira qu'à 4h30 du matin. En attendant, c'est le lieu de convergence des supporters SDF et des locaux refoulés des boîtes de nuit.
Un irlandais habillé aux couleurs de la France crie "Allez les blou! Allez les blou!". Venu spécialement de Dublin avec quatre autres amis, il ne regrette pas d'avoir fait le déplacement
et souhaite par dessus tout que notre équipe gagne l'Angleterre. Contraste saisissant avec le supporter néo-zélandais qui lui fait face et tire nerveusement sur sa clope tout en secouant la tête,
visiblement dégoûté d'avoir fait tout ce chemin pour voir son équipe perdre.
Quatre heures du matin. Trois supporters venus de Nantes s'abritent sous un porche... devant une ventilation. "C'est de l'air chaud ?" "Même pas!" répondent-ils
à l'unisson en riant. Le froid et la fatigue commencent à gagner les corps. Tout à coup, au coin de la rue, en jean et t-shirt se profilent Lionel Beauxis, Cédric Heymans et Alex Marco, le
préparateur physique. Ils s'arrêtent quelques secondes le temps de prendre la pose pour une photo et reprennent leur marche dans les rues de la capitale Galloise. Une heure plus tard, les Gallois
sont tous rentrés chez eux et les supporters ont bifurqué en masse vers la gare. Les rues désertes de Cardiff font penser au film "28 days Later" de Danny Boyle. Une odeur infecte de
burgers et d'urine se dégage de la chaussée. Dans le centre ville, c'est le calme plat.
Devant l'hôtel des Bleus, on range le matériel télé. Devant le château on attend le bus. Le bus qui nous mènera, nous supporters du XV de France et du XV NZ à Londres. 7h45, à peine assise, je
m'endors déjà. Bonne nuit.
Mélanie Chaluleau
Samedi 6 octobre, conférence de presse d'après match. Le capitaine des All-Blacks Richie Mac Caw a du mal à mettre des mots sur la défaite de son équipe : "On a traversé beaucoup d'épreuves...On a joué face à une bonne équipe de France." Le
joueur se prend la tête à deux mains. Son entraîneur Graham Henry est
plus loquace et semble moins affecté que le capitaine des All- Blacks : "On est très déçu. Les gars ont travaillé dur pendant quatre ans. On est fier du combat que l'on a mené. Je crois
que nous avions la bonne stratégie pour gagner cette coupe du monde. Si c'était à refaire, je ne changerai rien." Dans la salle, c'est le silence. Un journaliste ose la question qui
fâche "Qu'allez-vous faire après ?" Graham Henry en rigole "Je n'ai pas eu le temps d'y penser encore. Je crois que les
gens jugent sur ce qu'ils veulent. Je suis fier de ce que j'ai fait."
Alors que du côté des All-Blacks le désarroi est profond, côté français on se congratule... sans pour autant se prendre la tête. "Aujourd'hui, l'équipe n'avait pas envie
de mourir" explique Bernard Laporte. Pour Raphael Ibanez,
c'est la solidité du groupe qui a permis cette victoire : "L'esprit d'équipe a fait la différence." Le capitaine de l'EDF dont les lancers en touche ont parfois manqués leur cible (4
touches perdues) affirme que : "C'était le match de notre vie. Il restera longtemps dans ma mémoire." Même sentiment chez le pilier Olivier Milloud :"On était là. On a réussi à aller derrière la ligne. C'était énorme. Ca efface toutes les défaites que j'ai vécu."
Tout s'est joué dès le haka. "On ne voulait pas subir raconte Cédric Heymans tout
sourire. On a trouvé la bonne formule. Il y a eu de bons échanges de regards ! Demandez à Clerc et Marty !" Le talonneur remplaçant Dimitri Szarzewski confirme qu'il y a bien eu affrontement avant même le coup d'envoi : "On les a défiés du regard. On n'a rien lâché." Julien Bonnaire en rajoute : "Je ne voulais pas lâcher le regard du Black devant moi sur le haka." Question de fierté. Les anglais
avaient déjà adopté cette parade face au haka des Tonga en match de poule, allant même jusqu'à avancer et à se retrouver à moins d'un mètre des joueurs Tongiens.
La première mi-temps fût pourtant douloureuse pour la France. "Physiquement on n'était pas très bien" note Julien
Bonnaire. Alors que la machine All-Blacks se mettait en place et avançait, les français souffraient. Menés 13-3 à la mi-temps, ils se ressaisissaient dès l'entrée de la seconde mi-temps et
répondaient coup pour coup aux All-Blacks. L'essai de Dusautoir puis celui de Jauzion permettent à la France de mener au score. A deux minutes de la fin du match, reste à défendre et ne pas
craquer pour créer la surprise et gagner. "Ils ont certainement eu le ballon plus que nous, mais nous avons joué la dernière séquence sans prendre de pénalité. Ca fait sûrement partie de
notre réussite" concluait Raphael Ibanez en conférence de presse.
Maintenant, place à la demi-finale face à l'Angleterre.
Mélanie Chaluleau
Tout est dans le
titre ! Mardi 2 octobre, un pot était donné en l'honneur des trois lutteurs du Metro-Racing ayant ramené des médailles des mondiaux, dans un gymnase de Pantin. Parmi eux, un petit
bout de femme d'1,63m : Audrey Prieto Bokhashvili. Sourire au lèvre, elle explique que dès le lendemain de sa victoire son mari et entraîneur lui a remis les idées en place : il fallait déjà se
préparer aux JO et retourner à l'entraînement.
Les JO, c'est son objectif à Audrey, ce pourquoi elle s'entraîne... mais elle n'est pas sûre d'être sélectionnée. Et pour cause ! La catégorie dans laquelle elle lutte
(les 59 kgs) n'existe pas aux JO. Si elle veut être sélectionnée, elle devra perdre 5 kilos et surtout affronter une autre française : Ana Gomis.