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Les photos
A la fin du match, les joueurs ne se pressent pas pour faire des
commentaires. Frédéric Michalak, lui, est toujours prêt à parler, même si on le sent ailleurs. D'un ton las, une bouteille d'eau à la main, il répond aux questions en regardant... fixement le
sol. De gros blancs s'immiscent dans la conversation. L'ouvreur est déçu de finir la CDM de la sorte.
Frédéric, que vous est-il arrivé à la fin du match quand vous sortez ?
Frédéric Michalak : J'étais KO. Le fameux trou
noir. Je ne savais plus où j'étais. Là, ça va mieux, j'ai repris mes esprits.
Ok, donc vous êtes en mesure de faire un bilan du match de ce soir. Qu'en avez-vous pensé
?
F.M : C'est dommage qu'on ne concrétise pas. On n'a pas été efficace. C'est un gâchis car on n'a pas réussi à jouer. On n'aurait pas été champion du monde aujourd'hui... Pour le
public aussi, finir comme ça... (il ne termine pas se phrase) On a fait ce qu'on a pu. On a mouillé le maillot et fait des efforts pour gagner ce match, mais le 5ème essai, ça te reste sur
la tête. C'est super dur.
La défaite en demi-finale a-t-elle pesé sur les consciences ?
F.M: J'étais déjà triste la
semaine dernière, j'ai mis du temps à m'en remettre. Quand tu perds une demi, tu as envie que ça finisse. Ca aurait été bien d'avoir la médaille de bronze, on devra se contenter de celle en
chocolat.
Pour en revenir au match, l'arbitre a-t-il été trop laxiste ?
F.M : Il y avait énormément de
mecs qui se couchaient sur les ballons, mais l'arbitre ne siffle pas. Du coup, on rentre dans leur jeu et on s'énerve.
Tout à coup, les Argentins déboulent dans la salle, sono à fond, en chantant et en criant. Frédéric Michalak apprécie peu "Le respect ça va dans les deux sens" assène-t-il aux argentins qui lui répondent "Mais Fred, on se connait
tous !" La tension monte, on est à deux doigts de la bagarre entre des Argentins heureux qui
narguent des Français passablement énervés. Les joueurs Argentins finissent par lever le camp de la même manière qu'ils sont arrivés : dans le bruit.
La conversation reprend : "Ils sont roublards et malins et savent nous faire déjouer. A un moment donné, l'arbitre doit faire son travail. On n'est pas là pour faire la police. Le problème
quand tu t'énerves, c'est qu'après tu ne penses plus à jouer. "
D'un point de vue tactique, on vous a vu jouer à la main, bien plus que lors du match contre
l'Angleterre.
F.M : On a essayé de jouer au début, on a eu énormément d'occasions où l'on aurait pu marquer, mais on n'a pas assez travaillé ce secteur de jeu ce qui fait que l'on n'a pas concrétisé. Je nous ai
senti plus libéré qu'autre chose et il y a eu de belles actions. C'est énervant, mais c'est comme ça. Il faut continuer à travailler. On peut y arriver, on n'est pas manchot non plus !
Personnellement, quel est votre sentiment à la fin de cette compétition?
F.M : Je ne sors pas
frustré de cette CDM. J'ai essayé d'être performant. Je ne l'ai pas été quelquefois aussi. Au contraire, je pense que tu sors grandit de ce genre de compétition. Il ne faut pas dire 'on aurait du
faire ci ou ça', il faut que cette défaite serve à quelque chose. Je pense que l'EDF sera plus performante à l'avenir.
Est-ce qu'il vous tarde d'être en Afrique du Sud ?
F.M : Oui, j'ai hâte d'y être et de découvrir ce championnat.
Mélanie Chaluleau
Raphael Ibanez a ce sourire en coin qui ne trompe pas. Le capitaine de l'EDF l'a en travers de la gorge cette
défaite. Déçu par le manque de réussite de son équipe, agacé par l'anti-jeu argentin, le 'vieux' répond aux questions avec franchise, sans se voiler la
face.
Quelle est votre réaction à chaud sur le match de ce soir ?
Raphael Ibanez : On a loupé trop d'occasions en début de match pour gagner et les argentins ont très bien exploités nos fautes. Vous pouvez imaginer la déception des
joueurs.
On vous a vu vous énerver en fin de première mi-temps, que s'est-il passé ?
R.I: On a envie que le match soir contrôlé et
quand on sent un flottement dans la zone de rucks, que faire ? On ne va pas accepter que tous les joueurs se couchent sur les ballons ! On se devait de réagir, même si je ne cautionne pas la
violence. On ne va pas leur faire la bise en permanence.
L'arbitrage a-t-il été à sens unique aujourd'hui ?
R.I: Je suis un peu en colère, il a fallu 9 hors-jeu avant que l'arbitre ne les sanctionne...
A la fin de la première mi-temps, vous insistez avec des départs au ras sans marquer...
R.I: Tactiquement, on était
à 17-3, je pensais qu'à quelques secondes de la fin, on pouvait marquer. Ca aurait été un bon coup de marquer un essai à ce moment-là, mais peut-être avons-nous été trop obstinés. C'est un
tournant du match.
Que pensez-vous du parcours des argentins dans cette CDM ?
R.I : Leur parcours montre qu'ils
ont fait preuve de résistance au plus haut niveau, mais certains joueurs arrivent en fin de carrière, j'ai un peu peur pour eux. Ils vont célébrer leur 3ème place, c'est mérité, mais il y aura
d'autres France-Argentine... Il ne faudra pas oublier ce match.
Et du côté de l'EDF, quel bilan tirez-vous de cette CDM ?
R.I: On a fournit de gros efforts. Dans un an on reparlera de cette CDM en nous critiquant, mais je suis fier de mes joueurs.
Le speaker du Parc des Princes a annoncé que c'était votre dernier match sous les couleurs de l'EDF, qu'en est-il réellement
?
R.I : C'était hors propos de parler de mon dernier match. Il faudra lui parler et lui dire qu'il s'est un peu emballé.
Mélanie Chaluleau
Adossé au mur, une main dans la poche, l'autre derrière le dos, Michalak ne mâche pas ses mots : "Peut-être aurait-il fallut faire
tourner l'équipe, mais c'est le coach qui décide." Idem pour la tactique à adopter. "Les consignes étaient données dès le début. Jouer au pied, ça marche
contre les All-Blacks parce qu'ils ont envie d'envoyer du jeu donc ils relancent. Les anglais, ils te rendent le ballon et ils attendent la faute. Je pense qu'il aurait fallu jouer autrement." Et bim ! "Après on a essayé de donner de la place dans le jeu à la main et on a failli marquer un essai. Si on décide de
jouer à la main, il faut pouvoir le faire mais devant, les joueurs étaient fatigués."
Les français se sont-ils encore vus trop beau ? "Tout le monde nous voyait déjà en finale. On s'y voit toujours... On a tous envie d'y être."